Cahiers de Psychologie Politique n°38|2021

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Catégorie
Appel à contributions
Date
jeudi 31 décembre 2020 00:00
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La propagande politique au 21e siècle

Novations et perspectives

dirigé par Pierre-Antoine Pontoizeau

Les cahiers de psychologie politique souhaitent consacrer un, voire deux numéros de l’année 2021 au thème de la propagande politique. Les notes d’intention sous forme de projets présentés en une dizaine de lignes sont à nous transmettre à dès que possible et les articles à nous soumettre avant fin décembre 2020.

1. L’évolution des médias : un basculement s’opère entre l’usage massif de l’internet, les nouvelles sources d’informations et d’influences, la place des réseaux sociaux de masse et l’affaissement des mass média, l’effondrement de leurs audiences et revenus (presse, TV, radio) avec un risque réel de disparition dans la décennie à venir. Ce basculement crée des déséquilibres et des crispations dans l’organisation du contre-pouvoir médiatique du fait de l’édition libre, des communautés extra-territoriales, des connaissances diffusées avec des tentatives de régulations, de judiciarisation, des stratégies de mobilisation des populations via ces réseaux qui bouleversent la sociologie des médias; d’où l’intérêt de comprendre ces nouvelles pratiques de propagation des idées et projet d’actions politiques. Les phénomènes d’adhésion, d’adoption, d’impact émotionnel, les pulsions, voire les addictions à ces réseaux modifient le rapport aux « anciens » médias concurrencés par ces « nouveaux » suscitant des manoeuvres qui contiennent, sans doute, une part de propagande dans leur jugement réciproque avec, en jeu, la reconfiguration du 5e pouvoir.

2. Les tensions idéologiques : elles sont paroxystiques, par exemple, lors de l’élection de Trump aux USA, dans les relations au sein de l’U.E. avec les porteurs de l’illibéralisme dont Orban, dans les relations internationales remettant en cause le rôle des institutions (OMC, OMS, ONU … ). Les idéaux démocratiques sont confrontés à la puissance des régimes autoritaires et à l’émergences de « populismes ». La propagande semble jouer à plein avec des techniques d’accusations de « fake news », l’affirmation de l’ère de la post-vérité, mais en ayant paradoxalement des tentations de légiférer et de créer des ministères de la vérité pour imposer des points de vue. Ces situations dénotent un climat conflictuel exacerbé, d’où l’intérêt d’un examen des stratégies d’influence et des tentatives de fabrication de l’opinion, entre discours et mobilisation sur les thèmes de la vérité et de l’éthique, tout en pratiquant une propagande qui vise ses propres buts : l’efficacité souhaité de ses commanditaires.

3. L’actualité des auteurs : la crise sanitaire a mis en évidence la consistance d’un concept foucaldien : la biopolitique. La récente gestion de la pandémie témoigne de la fragilité des institutions démocratiques et des dérives possibles vers un totalitarisme sanitaire consenti. Quelques descriptions prémonitoires ont alors toute leur actualité pour comprendre le temps présent : Ellul (technique), Tchakhotine (symbole), Bernays (consentement), Laswell (communication) ou plus récemment Sfez (tautisme), Beauvois (soumission) etc., d’où l’intérêt d'étudier de nouveau ces auteurs - liste non exhautive ici – du fait de leur puissance interprétative voire prédictive sur les événements de la dernière décennie, et les tendances qui se dessinent.

4. Les recherches en sciences humaines : deux exemples, les neurosciences ou l’économie comportementale ont enrichi les connaissances et les méthodes en matière de propagande.

1) L’économiste Thaler (Prix en hommage à Nobel 2017, théoricien comportemental de la finance) est à l’origine du Nudge (paternalisme libertarien), dont les techniques sont utilisées par des institutions et des Etats.

2) Les neurosciences offrent des perspectives de manipulation malignes, voire perverses, dîtes « dark patterns » inconscientes et semi-consentantes agissant sur les neurotransmetteurs en créant dépendances physiologiques et addictions. Ces nouvelles perspectives de la propagande politique sont des espaces de recherche qui interrogent aussi sur les écarts entre les régimes explicitement autoritaires et les sociétés démocratiques.

Les cahiers de psychologie politique souhaitent associer à cette étude des chercheurs de nombreuses disciplines: en communication et relation publiques, en droit, en sciences et idées politiques, en histoire contemporaine, en psychologie et sociologie, mais aussi en économie comportementale, neurosciences et nouvelles technologies.