Revue TDFLE n°78|2020 - La résistance à l'apprentissage des langues

Logo-TDFLE
Catégorie
Appel à contributions
Date
dimanche 1 novembre 2020

La résistance à l’apprentissage des langues

Numéro coordonné par Maria POPICA et Philippe GAGNÉ

Si le concept de motivation à l’égard de l’apprentissage des langues secondes ou étrangères a souvent fait l’objet des recherches linguistiques ou didactiques, celui de résistance à l’apprentissage des langues n’est pas souvent abordé dans les publications scientifiques. Il n’apparait ni dans le Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde (Cuq, 2003) ni dans le Dictionnaire des sciences du langage (Neveu, 2004).

Cependant, ce phénomène a reçu une attention certaine dans le contexte élargi de la pédagogie critique où il a été clairement démontré qu’identité bafouée et relations de pouvoir inégales induisent la résistance des apprenants en classe en les réduisant au silence en société (Norton, 2013). En s’appuyant sur Giroux (1983)Miller (2015 : 463) rappelle qu’un « comportement oppositionnel (différencié de la résistance) mérite d’être étudié pour que nous puissions comprendre les intérêts sous-jacents à un comportement spécifique” (Giroux : 109, traduction libre, désormais TL) et l’interpréter à travers la médiation culturelle et historique qui l’a produit (Giroux, 1983 : 110, TL). Selon Giroux, cette opposition ou cette résistance doit être traitée comme un important révélateur « d’indignations morales et politiques » (TL) dont Miller situe les racines dans une « perception de menace identitaire qui doit bien souvent être comprise comme socialement et idéologiquement construite » (p. 463, TL).  En écho, Castellotti (2017 : 293) effleure la question en affirmant que, dans les « “résistances” à l’appropriation [des langues], on retrouve, au fond, des questions identitaires ou relationnelles » qui, lorsqu’elles sont abordées en didactique, le sont de façon superficielle, comme « une cerise sur le gâteau ». Ces conceptions posent la résistance comme un refus d’apprendre une langue.

Récemment, une équipe de recherche japonaise dirigée par Shaules (2017) a emprunté le concept de résistance tel qu’il est défini dans le domaine de l’intercultural adjustment et l’a appliqué à l’apprentissage des langues. Dans cette perspective, la résistance est « naturelle » même si non désirable, faisant partie du processus d’apprentissage. Elle est associée à un « réflexe d’auto-protection cognitive [et à] une réaction défensive qui cherche à maintenir la primauté de sa configuration interne face à un environnement perçu comme menaçant » (Shaules, 2014 : 83, TL). De son côté, Thompson (2017) propose d’ajouter la résistance à la pression sociale au modèle de motivation de Dörnyei (2009). Elle introduit ainsi dans la réflexion le concept de « Anti-Ought-to Self » pour définir cette partie du moi qui s’oppose au « Moi conseillé » (TL de Ought-to Self). Cet Anti-Ought-to Self motiverait le sujet à apprendre une langue même s’il — voire parce qu’il — n’est pas socialement encouragé de le faire (l’arabe aux États-Unis, par exemple). Ces conceptions posent la résistance comme un facteur naturel faisant partie du processus d’apprentissage d’une langue.

La recherche sur ce phénomène porte surtout sur les manifestations de la résistance dans la classe de langue. Toutefois, il se peut que des « indignations morales et politiques » de même que des sentiments de menace perçus de la part des locuteurs d’une autre langue trouvent leur origine à l’extérieur de la classe, dans la société ou plus précisément dans le milieu de vie des parents. L’impact du milieu social sur la motivation des enfants pour les langues secondes, d’abord, et sur leur volonté de se lier d’amitié avec des pairs d’un autre groupe, ensuite, est bien documentée (Gardner, 2010; Pettigrew et Tropp, 2011).

Il conviendrait alors de mieux définir le phénomène de la résistance à l’apprentissage des langues que la recherche ne semble pas avoir circonscrit de façon univoque et de l’examiner en profondeur. 

Ce numéro des Travaux de didactique du français langue étrangère a pour objectif de présenter, d’une part, des réflexions épistémologiques sur le phénomène de la résistance à l’apprentissage des langues secondes ou étrangères afin d’en cerner les contours et d’en clarifier le sens et, d’autre part, des études empiriques portant sur la question. À l’intersection de ces deux axes, des articles pourront éclairer plus spécifiquement les méthodologies suggérées par les chercheurs et les chercheuses pour explorer ce sujet : Comment mesurer la résistance à l’apprentissage des langues? Avec quels instruments? Quels types d’analyse mettre en œuvre?

Bibliographie des auteurs cités

Castellotti, V. (2017). Pour une didactique de l’appropriation. Diversité, compréhension, relation. Paris: Didier.

Cuq, J.-P. (2003). Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et secondeParis: CLE International.

Dörnyei, Z. (2009). The L2 Motivational Self System. In Motivation, language identity and the L2 self (pp. 9–42).

Gardner, R. C. (2010). Motivation and Second Language Acquisition: the Socio-Educational Model. New York: Peter Lang.

Giroux, H. A. (1983). Theory and Resistance in Education: A Pedagogy for the Opposition. South Hadley MA: Bergin and Garvey.

Miller, E. (2015). Power, resistance and second language learning. The Handbook of Classroom Discourse and Interaction, 461–474.

Neveu, F. (2004). Dictionnaire des sciences du langage. Paris: Armand Colin.

Norton, B. (2013). Identity and Language Learning: Extending the Conversation (2e éd.). Bristol: Multilingual Matters.

Pettigrew, T. F. et Tropp, L. R. (2011). When groups meet. The dynamics of intergroup contact. New York: Psychology Press.

Shaules, J. (2014). The intercultural mind: Connecting culture and cognition. Boston: Intercultural Press.

Shaules, J. (2017). Linguaculture Resistance: An Intercultural Adjustment Perspective on Negative Learner Attitudes in Japan. Juntendo Journal of Global Studies2, 66–78.

Thompson, A. S. (2017). Don’t tell me what to do! The anti-ought-to self and language learning motivation. System67, 38–49.

 

Calendrier du numéro

Proposition sur résumé : 1er novembre 2020
Notification aux auteurs : 1er décembre 2020
Soumission des articles complets : 1er mars 2021
Notification et correction du comité scientifique : 1er mai 2021
Publication du numéro : juin 2021

 

TDFLE - Call for papers

Issue 78 – Resistance to Language Learning


Coordinated by Maria POPICA & Philippe GAGNÉ

While the concept of motivation for second and foreign language learning has often been the focus of research in linguistic or didactics, the resistance to language learning is not often addressed in scientific publications. It does not appear in Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde (Cuq, 2003) nor in Dictionnaire des sciences du langage (Neveu, 2004).

However, this phenomenon has received some attention in the broader context of critical pedagogy where it has been clearly demonstrated that scorned identity and unequal power relations induce learner resistance in class by silencing them in society (Norton, 2013). Based on Giroux (1983)Miller (2015 : 463) recalls that “oppositional behavior (as differentiated from resistance) deserves to be investigated so that we can understand ‘the interests underlying a specific form of behavior’ (Giroux, 1983 : 109) and interpret such behavior ‘through the historical and cultural mediations that shape it’ (Giroux, 1983 : 110)”. According to Giroux, this opposition or resistance needs to be treated as an important indicator of “moral and political indignation”, whose roots Miller places in a “perceived identity threats [that] can most frequently be understood as socially and ideologically based” (p. 463). Echoing this, Castellotti (2017 : 293) touches on the question by stating that, in the “′résistances′ to the appropriation of languages, we find, at bottom, identity or relational questions” which, when are approached in didactics, are in a superficial way, like “a cherry on the cake”. These conceptions pose resistance as a refusal to learn a language.

Recently, a Japanese research team led by Shaules (2017) borrowed the concept of resistance as it is defined in the field of intercultural adjustment and applied it to language learning. In this perspective, resistance is “natural” even if undesirable, as part of the learning process. It is associated with a “cognitive self-protection reflex [and] a defensive reaction that seeks to maintain the primacy of one’s internal configuration in the face of an environment perceived as threatening” (Shaules, 2014 : 83). For her part, Thompson (2017) proposes adding resistance to social pressure to Dörnyei's motivation model (2009). She thus introduces in the reflection the concept of “Anti-Ought-to Self” to define that part of the self that opposes the Ought-to Self. This Anti-Ought-to Self would motivate the subject to learn a language even if it—even because it—is not socially encouraged to do so (eg., Arabic in the United States). These conceptions pose resistance as a natural factor in the process of learning a language.

However, it is possible that “moral and political indignations” as well as perceived feelings of threat from speakers of another language can be traced back to the outside of the classroom, in society or more specifically in living environment of the parents. The impact of the social environment on children’s motivation for second languages, first, and their willingness to befriend peers in another group, is well documented (Gardner, 2010; Pettigrew & Tropp, 2011).

It is therefore necessary to better define and examine in depth the phenomenon of resistance to language learning.

This issue of TDFLE aims to present, on the one hand, epistemological reflections on the phenomenon of resistance to learning second and foreign languages in order to understand their contours and to clarify the meaning and, on the other hand, empirical studies on the issue. At the intersection of these two axes, articles will shed more light on the methodologies suggested by researchers to explore this topic: How to measure the resistance to language learning? With which instruments? What types of analysis to implement?

References

Castellotti, V. (2017). Pour une didactique de l’appropriation. Diversité, compréhension, relation. Paris: Didier.

Cuq, J.-P. (2003). Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et secondeParis: CLE International.

Dörnyei, Z. (2009). The L2 Motivational Self System. In Motivation, language identity and the L2 self (pp. 9–42).

Gardner, R. C. (2010). Motivation and Second Language Acquisition: the Socio-Educational Model. New York: Peter Lang.

Giroux, H. A. (1983). Theory and Resistance in Education: A Pedagogy for the Opposition. South Hadley MA: Bergin and Garvey.

Miller, E. (2015). Power, resistance and second language learning. The Handbook of Classroom Discourse and Interaction, 461–474.

Neveu, F. (2004). Dictionnaire des sciences du langage. Paris: Armand Colin.

Norton, B. (2013). Identity and Language Learning: Extending the Conversation (2nd ed.). Bristol: Multilingual Matters.

Pettigrew, T. F., & Tropp, L. R. (2011). When groups meet. The dynamics of intergroup contactNew York: Psychology Press.

Shaules, J. (2014). The intercultural mind: Connecting culture and cognition. Boston: Intercultural Press.

Shaules, J. (2017). Linguaculture Resistance: An Intercultural Adjustment Perspective on Negative Learner Attitudes in Japan. Juntendo Journal of Global Studies2, 66–78.

Thompson, A. S. (2017). Don’t tell me what to do! The anti-ought-to self and language learning motivation. System67, 38–49.

 

Calendar

Proposal on summary: November 1, 2020

Notification to authors: December 1, 2020

Submission of full articles: March 1, 2021

Notification and correction of the scientific committee: May 1, 2021

Issue publication: June 2021